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Après le Dieselgate de Volkswagen, le scandale Renault ?

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Après le Dieselgate de Volkswagen, le scandale Renault ?

Normes antipollution : pourquoi Renault les dépasse et pas PSA

Après Volkswagen, Renault sous la menace de fraude aux émissions de gaz polluants frauduleuses. Non répond Renault, ayant subi des perquisitions jeudi 7 janvier, son cours s’écroulant en Bourse après cette annonce.

Chahuté en bourse à la suite des perquisitions menées par la DGCCRF (la répression des fraudes) dans le cadre de tests sur les émissions polluantes en conditions réelles, le groupe Renault est au bord du scandale. Si les autorités écartent toute triche, des dépassements de normes existent. Pourquoi Renault ne parvient pas à s’aligner sur ces normes alors qu’à l’inverse le groupe PSA Peugeot Citroën est parfaitement dans les clous ?

Les perquisitions menées hier au sein du groupe Renault par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont eu pour objectif de valider définitivement les premiers éléments d’analyse réalisés par la commission technique indépendante* commanditée par la ministre de l’écologie Ségolène Royal à la suite du scandale Volkswagen. « Il n’y a pas de logiciel de fraude chez Renault, les consommateurs peuvent être rassurés » a déclaré hier la ministre. En revanche, les analyses ont révélé un «dépassement des normes» d’oxyde d’azote (NOx) mais également de CO2 chez Renault ainsi que chez deux marques étrangères. Le dernier Espace dépasserait ainsi de cinq à dix fois les normes CO2 et oxyde d’azote, selon certaines sources proches de l’enquête.

C’est là que le bât blesse. Renault ne fait pas parti des meilleurs élèves en matière de performance environnementale. Pire, c’est le seul constructeur français impliqué dans cette affaire et comme le mettent en lumière nos confrères du Figaro, dans ce dossier, il souffre de la comparaison avec son compatriote PSA Peugeot Citroën, bon élève. Dans un communiqué, PSA soulignait «ne pas avoir fait l’objet d’une perquisition de la DGCCRF» et Ségolène Royal a confirmé que les voitures du constructeur sochalien ne présentaient pas d’écart entre les tests d’émissions en conditions réelles et les mesures en laboratoires.

Pourquoi Renault accuse un tel retard ? La réponse s’explique dans le choix stratégique de la dépollution. Renault et PSA ont en fait de longue date opté pour des solutions techniques différentes. Renault a fait un choix moins onéreux, celui du piège à NOx et de la recirculation des gaz d’échappement. En septembre dernier, à l’occasion du passage aux normes Euro 6, l’ICCT (Conseil international des transports propres) et l’ADAC, le plus grand automobile-club d’Europe ont testé tout un panel de diesels Euro 6. Les résultats ont été surprenants. « Trois véhicules équipés de trappes à Nox ont eu des niveaux d’émissions extrêmes (…) Il s’agit d’une claire indication que, dans certains cas, la technologie trappe à Nox est paramétrée pour livrer de bonnes performances lors des tests d’homologation, mais pas nécessairement lors des conditions réelles » expliquait déjà le laboratoire. Ces trois véhicules aux « émissions extrêmes » étaient badgés Volvo, Renault et Hyundai.

PSA a pris une décision plus efficace mais aussi plus coûteuse en développant un système de réduction catalytique sélective (SCR). ll s’agit d’une ligne d’échappement constituée du filtre à particules additivé permettant l’élimination de 99,9% des particules en nombre, quelles que soient leurs tailles et quelles que soient les conditions de roulage et d’un système de post-traitement appelé Selective Catalytic Reduction (SCR) positionné en amont du FAP additivé, permettant d’éliminer jusqu’à 90% des oxydes d’azote (NOx) émis par le moteur. Cette technologie représente à elle seule plus de 100 brevets déposés par le groupe français. Dans la réalité les deux modèles testés par la commission Royal, une Peugeot 208 et une 508 ont passé brillamment les tests en conditions réelles.

Pour la marque au losange, les premiers résultats des tests ont permis «d’engager un dialogue nourri et fructueux avec l’ingénierie Renault». La marque a annoncé en juillet dernier un programme d’investissement de 50 millions d’euros pour améliorer la performance des moteurs actuels, avec une remise à niveau des véhicules commercialisés depuis l’été dernier. Et il prévoit surtout une accélération des investissements (1,2 milliard d’euros) pour les moteurs de la prochaine génération qui verront le jour d’ici trois ou quatre ans.

* Depuis le scandale Volkswagen, Ségolène Royal a mis sur pied une commission avec pour mission de tester les émissions polluantes en conditions réelles d’une centaine de voitures vendues en France.

Pas que Volkswagen ?

Selon un tract de la CGT Renault, « des agents de la DGCCRF (direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) sont intervenus sur différents sites Renault jeudi dernier » afin de mener des perquisitions laissant « fortement penser qu’elle sont « liées aux conséquences de l’affaire des moteurs truqués de Volkswagen ».

L’organisation syndicale a précisé que 4 sites du constructeur automobile français sont concernés : le centre d’ingénierie de Lardy (Essonne), le technocentre de Guyancourt (Yvelines), le site du Plessis-Robinson et le siège à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). Ni Renault, ni DGCCRF n’ont commenté ces actions pour le moment.

En conséquence de cette annonce, Renault subit la même punition que Volkswagen : la chute spectaculaire du cours de l’action en bourse. Celle-ci plonge de 20% autour de 12h30 ce jeudi, passant de 86,66 à 68 euros environ, soit au niveau de début octobre 2015.

Confirmation officielle

« La DGCCRF a décidé de faire procéder à un complément d’investigation sur pièce et sur site, qui a vocation à valider définitivement les premiers éléments d’analyse réalisés par la Commission technique indépendante » évoque le communiqué de presse de Renault ce jeudi 14 janvier, cette commission dite Royal « a pour objet de vérifier que les constructeurs français n’ont pas équipé leurs véhicules de logiciels équivalents. »

Renault déjà pointé du doigt

Après l’affaire des moteurs truqués du groupe Volkswagen (VW, Audi, SEAT, Skoda et Porsche), Renault avait été suspecté en novembre – entre autres avec BMW, Opel et Mercedes – par l’association allemand DUH d’avoir manipulé les émissions de CO2 de son nouveau Renault Espace à moteur diesel 1,6 litre dCi, qui rejetterait selon elle 13 à 25 fois plus de NOx (oxydes d’azote) que la limite de la norme Euro 6.